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PARIS 6è : EXPOSITION MICHEL GRIBINSKI A LA GALERIE COUTERON


Du 14/05/2019 au 01/06/2019
Galerie Couteron, 16, rue Guénégaud, 75006 PARIS



Du 14 mai au 1er juin 2019,

 

Michel Gribinski

 

Du bleu partout L’adolescent avait pris l’habitude de s’arrêter galerie Colette Allendy, dans les années 1955-1960, à Auteuil, en revenant du lycée – avant de rentrer peindre sous le coup de ce qu’il avait vu. Il s’inspirait particulièrement des peintres qui, à l’instar de Kandinsky ou de Mondrian, avaient renoncé à leur propre façon de peindre, presque d’un moment à l’autre. C’était Léon Zack qui passait des visages perdus ou pensifs auxquels il excellait à des surfaces informelles qui semblaient se défaire et se nouer devant les yeux : Zack inventait le tachisme ; c’était Emanuel Proweller qui, à l’inverse, ces années-là, abandonnait l’abstraction géométrique où pourtant il innovait, pour créer par anticipation la « figuration narrative », figuration d’un scénario en raccourci, annonciatrice du pop art américain. Différemment, Morellet, le plasticien « conceptuel » ou « concret », avait été un peintre du dimanche avant de multiplier les lignes, de croiser ses « trames » inspirées peut-être par la fabrique familiale de textile et plus sûrement par Mondrian dont les compositions géométriques, avait-il dit au lycéen médusé par l’image, étaient l’« éclosion d’une fleur de printemps ».Tous les peintres abstraits de la première moitié du siècle dernier avaient évidemment été figuratifs avant d’inventer l’abstraction. Mais ici, la volte-face avait lieu sous les yeux – ainsi Proweller qui, lui, revenait à la figuration, présentait-il les deux sortes de toiles dans la même exposition. Surtout, des adultes partageaient, avaient partagé par avance une énigme avec l’adolescent, celle de l’existence d’un nouveau monde. Il était énigmatique, en effet, le passage chez Mondrian d’un symbolisme mélancolique à une géométrie émerveillée d’être libre de sens ; énigmatique aussi la violence de la première impression abstraite de Kandinsky le jour que, sur le seuil de son atelier, il est saisi brusquement en voyant une toile inconnue – une de ses propres peintures figuratives posée sens dessus dessous.Tous ont justifié leur façon de faire après coup. Zack, par exemple, avait développé, dans un entretien, que l’élément figuratif le gênait pour s’exprimer. Morellet, que la peinture appelait beaucoup de décisions – choix du motif, du pinceau, de la couleur, etc. – et que l’aboutissement de son art suivait la diminution rigoureuse du nombre de décisions. Mais cela n’expliquait rien, n’éclairait pas, retenait quelque chose d’énigmatique. L’énigme était, si l’on peut dire, prémoderne, elle précédait l’idée. Les théories, les courants et les Écoles, les critiques également viendraient ensuite et apprivoiseraient ce que la découverte portait de si radical.Le moment prémoderne en peinture fascinait le lycéen sans que ce soit si clair et il cherchait à retrouver, pour la fixer avec des couleurs, l’émotion vivement ressentie d’une rupture qui semblait dehors comme dedans. Aujourd’hui, l’objet du tableau, son objectif, c’est de confier à l’image d’autres temps, discrets, de cette rupture lointaine. C’est l’espace qui est moins régulier, le loin qui est près, le centre qui n’a pas sa place ; la composition contrariée ; l’attention un peu détournée. C’est aussi ce qu’on appelait en classe le point d’inflexion, quand on change de direction, d’élément, que la porosité s’installe, au présent, entre plus et moins, avant et après ; et, parfois, qu’on est cette porosité même, comme il y a longtemps.

 

Vernissage le jeudi 16 mai à partir de 18h




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