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PARIS 3e : EXPOSITION STEPHANIE SAADE "CHOSES SUES ET OUBLIEES" A LA GALERIE ANNE BARRAULT


Du 17/10/2020 au 28/11/2020
Galerie Anne Barrault, 51 rue des Archives, 75003 PARIS



Du 17 octobre au 28 novembre 2020,

 

Stéphanie SAADÉ

"Choses Sues et Oubliées"

 

Une forme circulaire constituée de livres déploie, à la vue du spectateur ou de la spectatrice, son armature à hauteur de poitrine. Le dos de plus de deux cents ouvrages tournés vers l'intérieur. Les livres s’avèrent être des éditions d'un seul et unique titre, À rebours, de Joris-Karl Huysmans, publié pour la première fois en 1884. « Le terme décadent (du latin cadere, tomber, décliner), décrit exactement l'anti-héros hyperesthétique, misanthrope et morbide de Huysmans », écrit Bettina Knapp, au sujet du personnage central du roman, le duc Jean des Esseintes (1). Elle attribue au caractère du duc - à « son incapacité à faire face à la réalité, son ennui incontrôlable et sa haine pour une société qu'il considérait comme superficielle, banale, vulgaire et matérialiste » - l'impulsion qui l'a poussé à s'isoler dans une villa de la banlieue parisienne à la fin du XIXème siècle (2).

Dans les années 1880, l'Ancien Monde se meurt et des Esseintes se replie en conséquence sur lui-même, à la surface des objets, se vautrant dans leur artificialité comme une bouée de sauvetage face aux conséquences du changement épistémique dont il est le témoin involontaire. Chaque chapitre du roman circonscrit une phase de la tentative de des Esseintes pour renverser l'ordre des choses. Il dort le jour et s'habille de façon extravagante la nuit. Il plante un jardin avec des espèces d’apparence métalliques, des fleurs vraisemblablement trop vives pour être vivantes. Il fait incruster des bijoux sur une tortue, puisque les pierres précieuses mettent en valeur les motifs d'un tapis qui orne son salon, sur lequel la créature périra plus tard sous le poids des pierres. Après tout, les tortues respirent à travers leur carapace. Effrayé à l’idée de quitter le foyer, des Esseintes se persuade de la futilité du moindre mouvement, « L'imagination lui semblait pouvoir aisément suppléer à la vulgaire réalité des faits (3). » Armé d'une littérature orientaliste appropriée, il est possible de voyager sans effort, depuis le coin du feu, sans jamais perdre en confort.

Des Esseintes se retrouve finalement dans une impasse que reconnaitront les spectateurs et spectatrices ayant vécu les derniers mois de cette année désastreuse, 2020. La surface des choses ne saurait être faite pour compenser la complexité de l'expérience humaine collective. Peu importe la méticulosité avec laquelle vous disposez les fleurs coupées sur la table d'entrée, si votre mère ne peut pas mettre les pieds chez vous pour apprécier la subtilité de leur parfum.


_________
(1) Bettina L. Knapp, « Huysmans's "Against the Grain": The Willed Exile of the Introverted Decadent », Nineteenth-Century French
Studies, automne-hiver 1991—1992, Vol. 20, N°1/2, p. 203.
(2) Ibid.
(3) Joris-Karl Huysmans, À rebours, éd. Rose Fortassier, Lettres françaises, Paris, Imprimerie Nationale, 1981, p. 88.




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